Que pensez-vous de cette proposition du gouvernement d'instaurer des quotas d'immigration notamment par région?
Il n'y a plus aucune démocratie au monde qui recrute les immigrés par zone géographique parce que cela crée une hiérarchie raciale ou ethnique. C'est un système qui a existé aux États-Unis entre 1921 et 1965 et qui a suscité, après la guerre et la victoire contre le nazisme, beaucoup de réactions de pays qui avaient un quota faible et qui se plaignaient du racisme des États-Unis. La France a repoussé ce système en 1945.
Q. En quoi le gouvernement aurait-il besoin de modifications constitutionnelles pour faire adopter le principe de quotas d'immigration?
Il est probable que si la loi française créait des quotas par origine, ce serait déclaré contraire aux principes fondamentaux de la Déclaration des Droits de l'Homme, qui est dans la Constitution. Le conseil constitutionnel risquerait d'annuler une telle décision.
Et les quotas par profession ou par secteur?
Si certains secteurs ont des besoins en main d'oeuvre, comme par exemple des infirmières, on les recrute, mais cela peut se faire sans loi. Si on veut créer un système d'immigration fondé sur des quotas comme en Espagne ou en Italie, on va faire un système par définition attractif pour des travailleurs peu qualifiés.
« La gestion par l'État
des flux d'immigration
est totalement archaïque »
Si vous dites la France s'ouvre l'an prochain à 30 000 travailleurs du bâtiment, il y aura beaucoup plus que 30 000 personnes qui viendront. Cela provoquera une arrivée massive d'immigration irrégulière.
C'est de plus une gestion bureaucratique. On peut faire des prévisions à deux ou trois ans qui peuvent ne pas se réaliser. Le système de gestion par l'État des flux d'immigration par secteur est totalement archaïque. Il faut laisser les entreprises faire leurs choix, quitte à les faire valider par l'État du point de vue du contrat de travail par exemple. De plus l'instauration de tels quotas irait à contre-courant de ce qui va se passer à l'horizon 2011 avec l'accès de l'ensemble des ressortissants européens aux emplois français. (voir aussi en page 3)
Édition du Sam 22 sept. 2007