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ichard : Qu'est-ce que l'immigration économique ? Sarkozy
veut qu'elle représente 50 % de l'immigration en général, soit. Mais quelle est sa part actuellement
?
L'immigration économique, ce sont des types de séjour accordés sur la base d'un contrat de travail, et non sur la base de droits revendiqués, soit à partir d'un lien de famille, soit à partir du statut de réfugié politique.
e qui fait environ 6,6 %.
Une étude menée à la demande du ministère des affaires sociales montre que 70 % des personnes qui entrent au titre de la migration familiale travaillent.
M. Sarkozy vient de fixer un quota de 50 % à M. Hortefeux.
Cet objectif est-il réaliste, peut-on le mettre en place ? Comment ? Est-ce une bonne initiative ?
Je penche plutôt pour l'erreur.
Parce que quand j'ai lu la lettre de mission envoyée par MM. Sarkozy et Fillon, j'ai vu qu'ils faisaient référence au Canada. Mais les rédacteurs de cette lettre ne savent pas ou n'ont pas vu que les statistiques canadiennes ne sont pas construites de la même manière que les statistiques françaises.
Donc malgré cette priorité donnée à l'immigration économique, il n'arrive pas à un pourcentage plus élevé que 22 %.
Mais on peut penser aussi que par-delà cette erreur, il y a une sorte de consigne implicite donnée par M. Sarkozy à M. Hortefeux de freiner par tous les moyens l'immigration de famille jusqu'à ne plus respecter le principe constitutionnel du droit à la vie de famille.
Ce qui est choquant puisque M. Sarkozy, en tant que président
de la République, est le garant de notre Constitution et des principes qui sont
contenus dans son préambule, qu'il a le devoir de faire respecter.
Pouvez-vous juger la politique d'immigration de Nicolas Sarkozy de manière impartiale alors que vous êtres proche (voire membre) du PS ?
ai accepté de rencontrer tous les responsables politiques gouvernementaux, mes idées sont publiques, mes ouvrages aussi, et je les mets à disposition de l'ensemble des citoyens et des acteurs du monde administratif et politique.
En durcissant les règles du regroupement familial la France ne risque-t-elle pas d'être condamnée par la Cour européenne de justice ? L'objectif de M. Sarkozy est-il conforme à la Constitution ? Cette politique ne risque-t-elle pas de favoriser l'immigration clandestine ?
En matière de politique d'immigration, il faut que les
contrôles et les restrictions soient justes, sinon ils font exploser
l'inégalité.
Et à la Convention européenne des droits de l'homme.
N'est-il pas du devoir d'un chef d'Etat de protéger les frontières de son pays contre l'afflux abusif de personnes dont le pays n'a pas besoin et que la société française devra prendre en charge ?
Il faut rappeler que nous sommes le premier pays de tourisme au monde. Il y a 80 millions de touristes par an. Il faut veiller à ce que ces touristes soient accueillis en France sans être trop contrôlés, sinon ils ne reviendront pas.
Et quand on se compare à d'autres pays européens – je pense à l'Espagne et à l'Italie –, nous ne nous en sortons pas mal.
Il y a toujours des chiffres mirobolants qui circulent sur l'immigration illégale, mais quand l'année dernière M. Sarkozy a organisé une petite régularisation, combien de dossiers ont été déposés ? trente-cinq mille. Ce n'était pas une marée humaine d'irréguliers.
Le président de la République a-t-il donc tout faux ? Ne pensez-vous pas qu'une majorité de Français ont voté pour lui notamment pour sa politique d'immigration ?
Et dans la lettre de mission qu'il a adressée à M. Hortefeux, il y a des propositions qui me paraissent tout à fait logiques et correspondent à ce que peut vouloir envisager un gouvernement.
Par exemple l'harmonisation des politiques consulaires d'attribution de visas, un renforcement de l'"européanisation" des politiques d'asile, ou bien le développement de visas permanents d'allers-retours pour les immigrés qualifiés.
Je vous ai donné plus haut le pourcentage de 6,6 %. Si on prend la dernière année de la gauche, 2001, c'était neuf mille deux cent quarante-quatre titres au titre de la migration de travail sur cent sept mille titres au total, soit environ 9 %, soit presque 30 % de mieux que M. Sarkozy.
De même, en matière de reconduites à la frontière, il a avancé des résultats quantitatifs qui sont significativement en hausse, mais ce qu'il faut remarquer, c'est que les objectifs quantitatifs qu'il a fixés à ses services se traduisent par une baisse des reconduites pour ce qui est de l'immigration irrégulière la plus "dangereuse", celle qui sort de prison, par exemple.
Je ne suis pas sûr que les Français connaissent ces données.
Les mesures de Nicolas Sarkozy sont positives pour beaucoup d'étudiants étrangers, non ?
Ensuite, la gauche a fait un pas plus tardivement, en 2002, pour permettre plus facilement aux étudiants étrangers de transformer leur statut et accéder au marché du travail.
Il n'y avait pas besoin de nouvelle loi pour faciliter l'accès des étudiants étrangers au marché du travail.
La loi de 2006 est donc une mise en scène, bien réussie, qui peut laisser penser que M. Sarkozy a fait quelque chose pour les étudiants, alors qu'il n'avait pas réussi à le faire depuis 2002.
Ne craignez-vous pas que la politique d'immigration choisie se traduise par une aggravation de la pauvreté dans les pays du Sud en favorisant la fuite des cerveaux ?
Et ils seront perdus et pour leur pays, et pour la France.
De ce point de vue, j'approuve plutôt les termes de la lettre de mission adressée par M. Sarkozy à M. Hortefeux, qui consistent à tenir compte un peu du pays d'origine. L'Inde ou la Chine ne sont pas à quelques informaticiens près, ce qui n'est pas le cas du Mali.
Il y a dans ces domaines de nouvelles formes de coopération à inventer, et j'espère que le gouvernement agira dans cette direction.
Immigration sélective = immigration économique ? De quelles qualifications et quelles compétences et en quel nombre la France en a-t-elle besoin ?
Je suis toujours surpris de voir un président de la République d'inspiration libérale vouloir gérer l'immigration comme on gérait le Gosplan dans les années 1950 en Union soviétique. A chaque fois que dans les années récentes les gouvernements ont fait des prévisions de recrutements, ils se sont trompés.
Il faut laisser les entreprises faire leur sélection, et ensuite vérifier qu'il n'y a pas de dumping social et donner une carte de séjour. Et le faire rapidement. C'est ça la vraie réforme qu'il aurait fallu faire, plutôt que de créer un régime où il y a six différents types de séjour.
Et le refus de leur accorder un titre de travail et de séjour a eu les plus mauvaises conséquences : les plus qualifiés sont partis pour Londres, et de nombreux qualifiés sont venus travailler illégalement en France, donc sans payer de cotisations sociales.
Connaît-on l'impact économique pour la France d'un taux d'immigration économique à 50 % ?
Donc M. Hortefeux a une mission impossible.